Lettre de Dominique Gros à Nicolas Sarkozy

Metz, le 28 Juillet 2008

Monsieur Nicolas SARKOZY
Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 PARIS

Monsieur Le Président,

Au lendemain de l'annonce par Monsieur François FILLON, Premier Ministre et Monsieur Hervé MORIN, Ministre de la Défense des mesures de restructuration de la carte militaire, je me vois dans l'obligation, en tant que Premier Magistrat de la ville de Metz, frappée de plein fouet par l'accumulation des suppressions de sites programmés, de me tourner vers vous pour vous faire part de mon incompréhension et de mon plus profond désarroi.

Il ne s'agit pas ici de remettre en cause les grands aspects structurants tirés du Livre Blanc, justifiés par la nécessité de s'adapter au nouveau concept de menace et par la prise en compte d'une nouvelle géostratégie. Nous n'en contesterons pas l'opportunité, nous n'en nierons pas la pertinence.

Mais permettez-moi, Monsieur Le Président, d'insister sur l'aspect cumulatif de ces suppressions qui, à la vérité, se concentrent sur notre ville et son agglomération. A elle seule, Metz et son agglomération participe pour plus de 10% dans le total national des réductions d'effectifs militaires. Au regard de cette concentration, je doute sincèrement que l'impact en ait été parfaitement mesuré.

Ainsi la ville de Metz et son agglomération se verraient amputées à l'horizon 2012 de près de 6000 personnels des armées, qui avec leurs familles représentent 14 000 départs potentiels, soit 6% de notre agglomération, pour une perte économique évaluée sur la base d'un récent rapport du Conseil Economique et Social de Lorraine à 167 millions d'euros par an.
De surcroît, un tel ébranlement démographique entraînera la destruction d'un à trois emplois indirects. A cette aune-là, ce pourrait être près de 10% de notre population qui subiraient les contrecoups de ce choix dramatique.
Trop c'est trop, après l'écartement du dossier lorrain dans l'opération "Plan Campus", la fermeture de l'usine de tabac "Altadis" qui entraîne la suppression de 135 emplois et encore la fermeture de l'usine sidérurgique voisine de Gandrange du groupe ArcelorMittal... trop de blessures pour une région qui a déjà tant souffert, un trop lourd tribut pour une ville qui a toujours été au service de la France en étant, après Paris, la plus grosse garnison du pays.

Je ne reviendrai pas ici sur l'attachement atavique de la ville de Metz à son environnement militaire, consubstantiel de son histoire, envisagé sous l'angle de son passé, de son présent, et nous le pensions jusqu'à ce jour, de son avenir. Tout cela Monsieur le Président, vous le savez mieux que quiconque et les experts qui vous conseillent n'auront pas manqué de vous indiquer la célèbre devise du 2e régiment du génie "Lorraine me garde", régiment que nous perdrons.

Voilà mon désarroi... Quant à l'incompréhension, voici de quoi il s'agit : votre Ministre s'est félicité en indiquant avoir effectué "un immense travail de concertation". Monsieur le Président, quel est cet immense travail évoqué qui a totalement ignoré le Maire d'une ville dans laquelle deux régiments complets, plus une base aérienne et d'autres services, se voient rayés d'un trait de plume ?

C'est pour tenter de dépasser cette incompréhension, c'est pour vous faire entendre ce désarroi que je me permets de solliciter dans les plus brefs délais un rendez-vous auprès de vous, pour que nous puissions mesurer dans leur entière réalité, les mesures compensatoires qui doivent être à la hauteur du préjudice subit.

Avant d'envisager ces mesures nous devons tout faire pour arrêter cette hémorragie majeure en implantant à Metz un régiment aujourd'hui basé Outre-Rhin et permettre ainsi à cette cité de continuer à faire valoir son excellence séculaire comme ville de garnison.

Enfin, il est plus que légitime, que la Ville de Metz bénéficie elle aussi du statut de ville prioritaire de l'aménagement du territoire. C'est bien le moins que nous lui devions, à elle et à toute sa population qui se sent aujourd'hui maltraitée et profondément blessée.

Dans l'attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur Le Président, l'expression de ma très haute considération.

Dominique GROS
Maire de Metz
Conseiller Général de la Moselle
Chevalier de la Légion d'Honneur

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