Le chantier de l'église Notre-Dame :
une restauration hors du commun

17 janvier 2012

Bâche devant l'église Notre-Dame

L’église Notre-Dame de Metz connaît depuis 2009 un chantier de restauration qui restitue les élévations extérieures de la nef et du chœur. Il s'agit de rénover les maçonneries, les pierres de taille ainsi que les vitraux et leurs protections dans leurs états initiaux.
À l’inverse de la rénovation qui modifie les édifices pour les actualiser et les moderniser, la restauration a pour objectif d’en respecter l’authenticité. Les travaux actuels de l’église doivent se dérouler jusqu’en 2014.


Les vitraux : le trésor de l’église Notre-Dame

Histoire

L'église Notre-Dame comporte 21 verrières réalisées par Laurent-Charles Maréchal à l'exception de deux produites au début du XXème siècle en lieu et place des vitraux originaux perdus ; la Nativité remplaçant une Annonciation et une Annonciation remplaçant une Purification de la Vierge.

La réalisation de ces verrières au XIXème siècle s'inscrit dans un vaste projet de restauration de l'église commencé en 1803 par l'ameublement et poursuivi en en 1833 avec la rénovation des intérieurs qui s'achèvera en 1846. Les vitraux ont été posés en trois phases de 1841 à 1860.

Le programme iconographique illustre les deux thèmes principaux de l'autorité de l'église et de la célébration de la Vierge. Maréchal a ainsi créé trois cycles iconographiques :

Chœur : l’institution et la primauté de Rome
Transept : l’histoire et les gloires de la Vierge
Nef : l’unité et l’autorité de l’église

Schéma de la disposition des vitraux dans l'église

Restauration

Le chantier de restauration actuel s’avère essentiel. Les couleurs des vitraux s’effacent et s’obscurcissent, le verre se déforme ou se casse. De plus, ils ont subi au cours du XXème siècle des réparations qui nécessitent aujourd’hui un travail supplémentaire de restauration. L’atelier Parot, entreprise spécialisée de Côte d’Or, s’occupe de la restauration des vitraux de l'église Notre-Dame et s’emploie à respecter les techniques de l’époque afin d’obtenir un rendu proche de celui de XIXème siècle. Pour comprendre ces techniques, il est nécessaire de croiser l’histoire des techniques au XIXème siècle et l'histoire des vitraux de Notre-Dame et de leur créateur.

Le XIXème siècle se caractérise par un formidable bouillonnement d'idées qui transcendent les arts et les sciences. Il n'y a pas de véritable frontière entre les disciplines et les savoirs. Le vitrail connaît une renaissance durant ce siècle s'accompagnant d'une tentative de retrouver les traditions et les savoir-faire médiévaux. Le contexte de Révolution industrielle voit également naître des techniques nouvelles destinées à produire du vitrail à plus grande échelle afin de répondre à une demande de plus en plus importante.

D'autre part, au XIXème siècle, les femmes de la bourgeoisie portaient parfois des dizaines de mètres de dentelle sur leurs robes. Maréchal, fidèle aux goûts de son temps, en a orné les saintes et les papes mais également les fonds damassés de ses vitraux grâce à un procédé peu connu qui emprunte à la photographie, aux techniques industrielles et à l'artisanat d'art.

Détail de vitrail Détail de vitrail

Ce procédé consiste à développer une photographie sur du verre avec de la grisaille (peinture sur verre) et à faire cuire le tout pour la pérennité. Pour cela, il s'est adjoint les services d'un célèbre chimiste de son temps et a appliqué une organisation industrielle à son atelier, ce qui lui a permis de réaliser ce type de tirage à grande échelle.

Dans ce dispositif, du tulle véritable a été utilisé afin d'imprimer une couche photosensible adhérente au verre. Les fonds damassés des vitraux apparaissent en positif ; les motifs sont sombres sur fond clair et coloré. Les dentelles des vêtements sont en négatif ; les motifs sont blancs sur fond sombre et transparent.

Des recherches ont été entreprises par l'entreprise Parot afin de reconstituer cette technique. Au final, les recettes avec du tulle véritable ont été privilégiées. Pour cela, la Ville de Metz a établi une convention avec la Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais afin de recréer le tulle brodé comme au temps de Maréchal.

Les tulles brodés sont une spécificité du XIXème siècle et plusieurs techniques sont utilisées pour leur fabrication. Dans l'esprit d'exigence de la restauration en cours, les mailles du tulle doivent être similaires à celles qui ont servies au célèbre maître-verrier.

Aujourd’hui, seule la Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais possède le métier à tulle capable de le fabriquer. Cette méthode, peu commune et innovante en matière de restauration, constitue un véritable va-et-vient entre le XIXème et le XXIème siècle.

La Cité de la Dentelle et de la Mode

La Cité de la Dentelle et de la Mode, installée au cœur d’une usine de dentelle du XIXème siècle, a été inaugurée en juin 2009. Lieu muséographique, elle dispose de 3000 m² d’exposition :

Elle est aussi un carrefour culturel, artistique et scientifique en proposant par exemple un centre de documentation, une salle de défilés, ou encore des ateliers de pratiques.

www.cite-dentelle.fr

Photo de la Cité de la Dentelle et de la Mode

SuivantBouton suivant

Thèmes