Le livre dans l'Histoire de Metz

16 avril 2012

Photo de Pierre-Edouard Wagner, conservateur en chef du  patrimoine à la Médiathèque du Pontiffroy

Entretien avec Pierre-Edouard Wagner, conservateur en chef du patrimoine à la Médiathèque du Pontiffroy.

Metz Magazine : A quand remonte l'histoire du livre à Metz ?
Pierre-Edouard Wagner : Les plus anciens témoignages datent en effet de l'époque carolingienne. Il s'agit principalement des riches manuscrits du trésor de la cathédrale dont les plus précieux : la grande Bible de Tours et un psautier richement décoré d'orfèvrerie, d'ivoire et de pierres précieuses furent offerts par Charles le Chauve à l'occasion de son couronnement dans la cathédrale de Metz, le 9 septembre 869.
Tout au long du Moyen Age, les nombreux monastères et abbayes de la cité constituèrent d'importantes bibliothèques, riches de plusieurs centaines de manuscrits, imités dès le début du XIIIe siècle par les patriciens messins.
Plus d'une centaine de ces manuscrits d'usage si ce n'est d'origine messine, dispersés à la Révolution, a pu être localisé dans de nombreuses bibliothèques nationales comme dans celles des grandes institutions culturelles du monde entier (Allemagne, Etats-Unis, Australie, Royaume-Uni, Italie, Autriche, Espagne, ...)

M.M. : Quand l'imprimerie s'est-elle implantée à Metz ?
P.-E.W. : L'invention des caractères mobiles permet, dès le milieu du XVe siècle, de multiplier les exemplaires d'ouvrages qu'il fallait jusqu'alors recopier à la main. Dits « incunables » car ils témoignent d'un art encore au berceau (cunabula), ces ouvrages apparaissent d'abord à Mayence, la ville de Gutemberg, Paris, Westminster, ... Metz est l'une des 70 villes d'Europe où l'on imprime en 1482 : quatre publications sortent des presses de Johannes Colini, un religieux de l'ordre des Carmes, associé à Gerhardus de Nova Civitate, dont on ne sait rien sinon que les caractères dont ils se servent ont été utilisés à Trèves l'année précédente.
C'est ensuite Caspar Hochfeder, actif à Nuremberg de 1491 à 1499, qui s'installe à Metz en août 1499, part à Cracovie puis revient à Metz en 1507 et y est encore actif en 1518.

M.M. : Y a-t-il des particularités de l'imprimerie messine ?
P.-E.W. : C'est à Metz, annexée au royaume en 1552, où s'installe à partir de 1560 une importante communauté juive, que fut établie la première imprimerie hébraïque de France. Riche de quelque 450 familles, soit plus de 2500 personnes, la communauté messine apparaissait également comme un foyer culturel actif qui recrutait ses grands rabbins parmi les sommités de l'érudition juive dans toute l'Europe.
A l'instigation du grand rabbin Samuel Hellmann (1750-1765), c'est à Metz en 1764, que paraissent les premiers livres imprimés en hébreu, par Moyse May sur les presses de Joseph Antoine, imprimeur du roi. Ils rivaliseront avec les meilleurs ateliers d'Allemagne et de Hollande pendant plus d'un siècle, à l'exception d'une interruption de 1792 à 1813, conséquence des lois révolutionnaires sur le culte.

M.M. : Comment passe-t-on du parchemin au web ?
P.-E.W. : Une des caractéristiques du patrimoine écrit messin est son extrême dispersion. Déjà, une politique d'acquisition raisonnée a permis de mettre à la disposition des internautes un premier lot de cinq manuscrits du Moyen Age et de la Renaissance ; cette expérience devrait prochainement se poursuivre avec la mise en ligne des éditions illustrées du naturaliste messin Joseph Pierre Buc'hoz.
Il apparait nécessaire d'élargir cette base de données : une des perspectives qui s'ouvrent aux Bibliothèques-Médiathèques de Metz, en passe de changer leur outil informatique et de se doter d'un serveur de grande capacité sera, après une recherche aussi exhaustive que possible dans les fonds des grandes bibliothèques publiques et privées mais également dans diverses institutions universitaires et fondations culturelles, de coordonner et de présenter les accès à ces multiples trésors.

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