Cinq intervenants ont discuté la question « comment le web social transforme-t-il notre société ? »

12 décembre 2012

Cinq intervenants de Luxembourg, Metz, Sarrebruck et Trèves ont abordé le thème des réseaux sociaux sous des points de vue très différents à l'occasion de la conférence QuattroPole, le mercredi 5 décembre. Sur un fait, ils étaient tous du même avis : les réseaux sociaux numériques modifient considérablement nos structures de communication. Les évolutions sur le web social doivent être exploitées positivement. L'important, surtout, est d'améliorer la compétence des utilisateurs. Les jeunes, notamment, doivent apprendre à mieux se servir des nouveaux médias et pouvoir décider dans quel contexte ils peuvent utiliser quels médias, où et quand les nouveaux médias complètent les médias classiques et ce que les nouveaux médias ne permettent pas de faire.

Ralf Latz, adjoint au maire de Sarrebruck, a souligné pendant la conférence à la mairie de Sarrebruck, devant 100 participants environ, que les réseaux sociaux jouent un rôle important pour la participation politique des citoyens : « Il est certain que cette nouvelle communication contribue à de nouvelles formes du débat politique et à une démocratie plus rapide et plus directe des citoyens ». Il espérait que la conférence apporterait des réponses aux nombreuses questions qui le préoccupent en tant qu'adjoint au Maire de Sarrebruck : quelle influence a le web social sur la qualité de la vie dans nos villes, sur nos activités culturelles et sur la cohabitation dans nos communes ? Où vont chercher les jeunes aujourd'hui leurs informations pour être au courant des évolutions politiques dans leur ville ?

Benoit Larochelle, ingénieur-chercheur au DFKI, le centre de recherche sur l'intelligence artificielle à Sarrebruck, a pesé pendant son exposé, les avantages et les risques des systèmes d'évaluation sur Internet, avec la « confiance et les systèmes de réputation dans la société en ligne ». Il a traité la question de savoir à qui les personnes font aujourd'hui confiance et jusqu'à quel point les sites de classement pour l'évaluation d'hôtels, de livres ou de personnes sont fiables et présentent un risque même pour les professionnels qui testent les produits, comme la fondation Stiftung Warentest, par exemple. A son avis, un des problèmes est la surenchère d'informations et d'avis qui ne peuvent être filtrés que par les systèmes dits « de recommandation ». Les avis émis par le public qui a largement participé au débat, à propos des évolutions de l'Internet, étaient souvent très divergents : certains ont plutôt une attitude critique vis-à-vis des recommandations sur la toile, d'autres, par contre, apprécient ces possibilités.

Yves Leblond, ensuite, consultant et partenaire stratégique de l'entreprise luxembourgeoise IKe Consulting, s'est penché sur la question suivante : « Social Net Worth : où nous mènent les réseaux sociaux numériques ? ». Il a présenté aux participants une vue d'ensemble sur les diverses discussions menées sur l'Internet concernant la fonction et l'importance des réseaux sociaux. Yves Leblond a également posé de nombreuses questions auxquelles chacun devait apporter sa propre réponse : la iDemocracy remplace-t-elle la politique ? Quel rôle jouent les réseaux sociaux pendant les campagnes électorales, comme aux USA, par exemple ? Il a souvent confronté des avis très différents : outre l'idée que « nos enfants n'ont pas le même cerveau que nous », il a présenté une étude qui part du principe que « le web social aide les jeunes à s'épanouir ». Pour finir, il a conclu que l'on ne peut pas donner de réponse sûre à la question de savoir si les réseaux sociaux sont une bonne ou une mauvaise chose. Il a incité les auditeurs à rester sur leurs gardes quand ils utilisent les réseaux sociaux, car « manipuler les personnes n'a jamais été aussi facile ».

Hans-Jürgen Bucher, professeur en science des médias à l'Université de Trèves, a parlé sur le sujet de la « Société de la connaissance 2.0 ou comment les médias sociaux transforment l'enseignement et l'apprentissage ». A son avis, le Web 2.0 apporte de grands avantages pour le transfert de connaissances. L'apprentissage devient plus collaboratif et plus interactif grâce à l'intégration dans les nouveaux médias. Il a présenté cette thèse à l'exemple d'un « Twitterwall » et d'un « Wiki » qu'il utilise lui-même avec ses étudiants dans le cadre de son travail en tant que professeur d'université. Sur un Twitterwall, les étudiants peuvent poster leurs questions et leurs commentaires en ligne via Twitter, pendant un cours, sur un écran qu'il contrôle et utilise pour le dialogue. Certes, cela représente un travail supplémentaire pour lui, mais ce moyen permet aux étudiants timides de participer également au débat. Sur le Wiki qu'il a créé avec des étudiants, des mémoires de séminaires ont été placés afin d'initier également le dialogue.

Wolfgang Birk, Directeur de l'Unité Sciences sociales / Arts plastiques / Musique / Philosophie / Sport à l'Institut de pédagogie et des médias du Land de Sarre a ensuite fait un exposé sur le sujet suivant : « ... et tout d'un coup on reprend goût à la culture. Un exemple d'utilisation positive des nouveaux médias ». Vu combien il est difficile d'intéresser aujourd'hui les jeunes de 13 à 20 ans pour les musées d'art, il a développé différentes méthodes pédagogiques afin de rendre les musées à nouveau intéressants pour cette tranche d'âge. Les médias électroniques y prennent une place croissante. Il y a de plus en plus d'applications des divers musées, de guides des musées ou de codes QR que peuvent photographier les écoliers avec leurs Smartphones. Pour Wolfgang Birk, il est particulièrement important de savoir ce que permettent ou non les nouveaux médias. Il est d'avis qu'ils ne supplantent pas tous les médias classiques, mais qu'ils en sont un complément.

L'exposé final a été tenu par Pierre Morelli, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Lorraine. Il participait pour la troisième fois à une conférence QuattroPole. Il est intervenu sur le thème « Tourisme qualitatif et préservation du patrimoine : Oxymore ou solution durable ? Les limites de la patrimonialisation via le web 2.0 ». Le point fort de ses recherches porte sur les pays du Maghreb et différents Blogs créés dans le domaine du tourisme. A son avis, le Web 2.0 permet l'interaction plutôt qu'uniquement la recherche d'informations. Il nous offre une forme communicative de l'information sur des lieux et des objets. Pierre Morelli pense même que les personnes, après avoir fait la connaissance d'une nouvelle culture, à leur retour, sont des « nouvelles personnes qui ont un nouveau lien avec le patrimoine ». Ainsi les écomusées deviennent des « ego-musées » car ils établissent un lien avec l'identité d'un travailleur, un mineur, par exemple. Pour Morelli, il est possible de créer un patrimoine culturel commun grâce à différents médias numériques : un compte-rendu de voyage sous forme de Blog, la réflexion des autochtones sur leur patrimoine commun et, finalement, l'incitation à coopérer pour créer une mémoire commune. Dans la création de patrimoine culturel via le Web 2.0, Morelli voit l'opportunité de concilier l'avis des spécialistes avec celui des non initiés (ou « amateurs »).

Résultats des débats

Pendant la table ronde finale, Hans-Jürgen Bucher a fait le constat suivant : « la valeur de notre conférence d'aujourd'hui se résume dans le fait que nous avons tous regardé les choses en détail ». Il a également mis en garde contre les généralisations : certaines personnes deviennent certes dépendantes de l'Internet mais la très grande majorité tire un profit positif des nouveaux médias. Les intervenants étaient tous d'avis que la compétence en matière de médias n'est pas seulement une compétence en matière de technique, mais qu'il faut également y voir un contexte social. Wolfgang Birk a souligné le fait que non seulement les écoliers, mais aussi les enseignants doivent être formés à l'utilisation correcte des réseaux sociaux. A la question portant sur les modifications dans le domaine politique et dans celui de la participation politique des jeunes en particulier, qui utilisent les réseaux sociaux, Bucher a souligné que « à l'échelle locale justement, il existe un grand potentiel de participation politique des citoyens, par exemple via les prénommés budgets des citoyens, qui donnent à la population la possibilité de codécider de la façon dont les fonds publics seront dépensés ».

Pour les cinq conférenciers de Luxembourg, Metz, Sarrebruck et Trèves, la participation à une conférence transfrontalière interdisciplinaire était une nouvelle expérience. Hans-Jürgen Bucher a apprécié la « combinaison de différentes cultures scientifiques et le mélange de différentes perspectives ». Wolfgang Birk est convaincu que « différentes nationalités apportent en principe des nouveaux éléments au débat ». Benoit Larochelle a estimé particulièrement positif le fait que le public était très divers en matière de carrière, d'âge et de contexte culturel. De nombreuses questions soulevées pendant la conférence le préoccuperont à l'avenir dans ses recherches. Mr Leblond a trouvé spécialement intéressant le fait que les Français et les Allemands avaient eu des approches très différentes dans leurs interventions : « les Français ont une approche plutôt philosophique, les Allemands plutôt pragmatique ».

Contexte

La conférence était la quatrième d'une série de conférences QuattroPole sur les tendances en matière de TIC. Depuis 2009, elles sont organisées chaque année à tour de rôle par l'une des quatre villes QuattroPole. Ces conférences du réseau de villes QuattroPole ont pour but d'inciter au débat et de répondre aux questions sur le thème actuel du web social. La manifestation a eu lieu à Sarrebruck et était organisée en collaboration avec le centre d'information Europe Direct.

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