Conseil des seniors : ils consacrent leur temps aux autres

26 septembre 2017

Ils sont trente, 19 femmes et 11 hommes. Ils ont entre 62 et 83 ans, représentent l’ensemble des quartiers et forment le conseil des seniors, apportant leurs compétences et leur disponibilité au service de la collectivité, en particulier pour leurs congénères. Pourquoi et comment ? Eléments de réponses avec trois d’entre eux…

Article paru dans Metz Mag n°77 / septembre-octobre 2017

 

Michèle Bertrand : « Je me prends au jeu ! »

Au quotidien, on ne sait pas. Mais à chaque fois que Michèle Bertrand s’exprime sur son implication dans le conseil des seniors, instance de participation citoyenne créée pour promouvoir la place des aînés dans la cité, elle déborde d’un enthousiasme absolument communicatif. Elle ne reniera pas l’adjectif : communicatif, qui se communique facilement, nous rappelle le dictionnaire. Ancienne assistante de direction, ancienne galeriste d’art ayant donné également dans l’édition et dans la publicité, Michèle elle-même communique facilement. « Il se passe plein de choses à Metz, y compris pour les personnes âgées. Mais il faut le faire savoir et le meilleur moyen est d’aller vers les gens ! Certains me disent : j’aime bien la musique classique, j’aime bien le théâtre, mais l’Arsenal, mais l’opéra-théâtre, ce n’est pas pour nous ! Mais bien sûr que si ! » D’autres, parfois les mêmes, « prétendent qu’ils ne pourraient pas rentrer chez eux le soir, parce qu’il n’y a plus de bus : mais bien sûr qu’il y a des bus en soirée ! ». Aussi intarissable que déterminée, elle cite d’autres exemples, comme celui de « ce monsieur de 80 ans rencontré lors d’une visite de la résidence Grandmaison. Un féru d’informatique, qui se débrouillait plutôt bien mais qui ne connaissait pas le site officiel de la Ville ! Voilà la raison première de mon engagement, après une vie professionnelle bien remplie : consacrer du temps aux autres, leur expliquer tout ce qui existe pour eux, les faire sortir de chez eux… »

Michèle Bertrand, habitante du Sablon, 74 ans cette année dont 13 de retraitée, a rejoint le conseil des seniors à sa création. « Au début par curiosité, indique-t-elle. Aujourd’hui, je me prends au jeu. » Si elle applique ses penchants altruistes et empathiques à l’échelle de sa propre résidence (lire aussi ici), sa participation aux travaux menés sous la houlette d’Agnès Migaud, adjointe au maire, et de la mission Ville pour tous au sein des services municipaux n’en est pas moins active et totale. Le partage d’expérience permis par le réseau Villes amies des aînés n’a aucun secret pour elle qui, lors d’un déplacement, a noté un exemple venu de Bordeaux en matière d’habitat. « Ce réseau nous a permis de mettre le doigt sur l’importance de la relation intergénérationnelle. Alors ça, c’est vital. J’y crois beaucoup, à commencer par la solidarité entre les jeunes seniors et les plus âgés. Nous avons du temps à consacrer aux autres ! » Assurément, Michèle ne ménage pas le sien.

Jean-Pierre Fischbach : « Adapter la ville »

À 67 ans, cet ancien cadre de France Télécom, retraité depuis 2010, pourrait se contenter de cultiver son jardin, sur les hauteurs de Queuleu, dans sa maison accessible par l’une des venelles desservant naguère des coteaux couverts de vignes et aujourd’hui bien connues des marcheurs de la Cuculotine. Seulement, Jean-Pierre Fischbach cultive aussi le goût des autres. Président d’une association départementale de retraités, il a rejoint le conseil des seniors en juin 2016. « Le sujet m’intéresse, tout simplement, et j’estime que les organes de participation citoyenne sont une bonne chose, puisqu’ils permettent d’agir sur la vie de la commune. Il faut donc les faire vivre ! »

Ayant planché, à travers la démarche de Metz ville amie des aînés, sur différents sujets permettant d’établir un diagnostic et de formuler des propositions sur la vie des seniors en ville, Jean-Pierre Fischbach en retire une conviction : « La volonté d’adapter la ville aux anciens est réelle ! » Et ça tombe bien : « 21 % des habitants ont plus de 60 ans, cette proportion passera bientôt à 25 % ; or, les villes n’ont pas été conçues pour ça. En tenir compte relève de la priorité et il est incontestable que la situation évolue favorablement. Ensuite, il faut veiller à maintenir tous ces gens en bonne santé, physique et intellectuelle… »

Participant activement à la préparation des événements à venir, Semaine bleue et Forum seniors, Jean-Pierre Fischbach dit « avoir appris beaucoup de choses » sur les dispositifs et les services proposés aux plus de 60 ans. Ses sujets de prédilection ? La réduction de la fracture numérique et l’accès de tous à l’information. « Le numérique facilite la vie de ceux qui arrivent à la retraite aujourd’hui, car beaucoup  y sont déjà familiarisés. Pour ceux qui ne travaillent plus depuis une vingtaine d’années, c’est beaucoup plus compliqué. Au sein de mon association, nous donnons déjà des cours d’informatique. La Ville s’apprête à lancer des cycles d’initiation : c’est quelque chose d’utile et de concret. Quant à l’accès à l’information, ce n’est pas un problème pour les seniors actifs qui, par exemple, fréquentent des associations. Le plus difficile, c’est bien sûr pour les personnes isolées, qui ne sortent pas ou qui sortent peu de chez elles. Pour une ville, c’est un défi compliqué. » Mais un défi que Jean-Pierre Fischbach entend contribuer à relever.

Roland Perrin : « Continuer à être utile socialement »

Il est le cadet des aînés ! Dernier arrivé au sein du conseil des seniors, Roland Perrin n’a pas encore directement participé aux travaux de l’instance. Mais, à 70 ans, toujours impliqué au sein de la chambre syndicale des propriétaires et d’un organisme de conciliation, membre actif du conseil syndical de sa copropriété au Sablon, « très attentif depuis 10 ans à l’architecture et à l’urbanisme à Metz », cet ancien administrateur de biens sait assez précisément pourquoi il a présenté sa candidature : « En tant que citoyen, j’établis tous les jours des constats sur ce que les seniors vivent en ville et il m’arrive régulièrement de vérifier un déphasage entre la réalité du terrain et les actions menées, notamment dans le partage de l’espace public. Disons que, dans un premier temps, je viens là avec curiosité, pour comprendre. J’ai coutume de dire que, tant qu’on reste curieux, on ne vieillit pas ! »

Ainsi, Roland Perrin compte bien mettre à profit l’écho permis par l’instance qu’il vient de rejoindre pour sensibiliser la collectivité sur des situations vécues dans les transports, l’assessibilité, les services liés à l’habitat : «  Il y a, dit-il,  des personnes fragilisées, qui subissent et n’arrivent pas à faire face ». De fait, il lui importe de « contribuer à améliorer leur vie quotidienne ». Ou, pour le dire autrement, « de continuer à être utile socialement, en apportant des expériences et des idées. »

Convaincu d’habiter dans une ville « véritablement préoccupée par la condition des seniors, leur logement, leurs déplacements, leurs loisirs », Roland Perrin souligne lui aussi toute la difficulté d’atteindre la cible concernée. « La communication m’intéresse, affirme-t-il. Savoir faire, c’est très bien ; mais encore faut-il faire savoir. Développer la communication en direction des seniors est sans doute nécessaire, mais il faut que cette communication soit accessible, perceptible et compréhensible de tous. » De l’état des lieux au stade des solutions, Roland Perrin va pouvoir continuer à aiguiser sa curiosité et la confronter à celle de ses collègues du conseil des seniors.