Biodiversité : 3 questions à Allain Bougrain Dubourg

Biodiversité : 3 questions à Allain Bougrain Dubourg

16 juillet 2026

Pour nombre d'entre nous, il est l'incarnation de l'amour de la nature. Visage familier de millions de téléspectateurs qui reconnaissent en lui l'ami des animaux, il est un infatigable combattant pour la biodiversité. Militant associatif, il est président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) depuis plus de 40 ans, mais aussi journaliste, chroniqueur, auteur et producteur : Allain Bougrain Dubourg s'est entretenu avec le public messin au lycée Louis Vincent le 6 juin dernier, en exposant une vie à s'émerveiller et à protéger.

 

Metz Magazine : Vous étiez l'invité d'honneur de la 3e édition du festival du livre et du vivant "Penser la Terre" à Metz, cette année sur le thème du "courage des oiseaux". Vous expliquez que l'oiseau est l'un des indicateurs clés de l'état de la biodiversité. Qu'est-ce à dire ?

 

Allain Bougrain Dubourg : Là où les populations d'oiseaux sont en nombre, c'est tout le cortège du vivant, insectes, batraciens, mammifères, etc., qui s'épanouit. En revanche, quand les oiseaux disparaissent, c'est l'ensemble de la biodiversité qui s'estompe. Or, nous constatons que chaque année en Europe, le ciel perd 20 millions d'oiseaux. Le déclin représente une perte de 800 millions d'oiseaux en 40 ans. la LPO vient de publier le "Baromètre des oiseaux", une première qui porte sur 50 ans d'observations. Le constat est sans appel : les passereaux qui représentent 90 % de la quantité d'oiseaux en France sont les plus affectés. Le bruant jaune a perdu la moitié de ses effectifs, le martinet noir chute de 65 %, l'hirondelle rustique de 40 %. Seuls les grands oiseaux, cigognes blanches, vautours, hérons, etc., s'en tirent bien. Et c'est la bonne nouvelle. Les cigognes blanches, par exemple, sont passées de moins de 10 couples durant les années 70 à près de 6 000 aujourd'hui. Les vautours fauves qui avaient disparu du ciel cévenol sont près de 2 500 couples en France. Le faucon pèlerin nidifie à Paris, alors qu'il était condamné par le DDT [puissant insecticide, interdit dans la plupart des pays dont la France depuis les années 70, en raison de ses effets sur l'environnement et la santé, mais dont la persistance (il est classé comme polluant organique persistant) fait que l'on en retrouve des traces dans le sol encore aujourd'hui. Il empêche la bonne reproduction des oiseaux en amincissant la coquille de leurs œufs, ndlr].

Cette renaissance prouve que l'on peut agir. La fameuse loi sur la nature de 1976 nous le démontre. Des espèces ont été protégées, les pièges à mâchoires ont été abolis, les réserves se sont constituées et la vie s'épanouit !

 

 

Metz Magazine : Partout, on observe l'effondrement de la biodiversité en général et le déclin massif des populations de la faune sauvage en particulier. Comment percevez-vous l'indifférence face à cette catastrophe ?

 

Allain Bougrain Dubourg : Cet effondrement s'explique principalement par une agriculture industrielle qui efface les haies, les mares, les bosquets, et qui s'accompagne d'un cortège chimique, par l'artificialisation, par la perte des zones humides, etc. Nous en avons conscience, mais nous ne mesurons pas les conséquences, contrairement à la question climatique. Pour cette dernière, nous sommes directement affectés par les sécheresses, les inondations, les incendies. Le climat bouleverse notre quotidien. Rien de comparable pour la biodiversité.

Si l'outarde canepetière, le vison d'Europe ou la tortue d'Hermann disparaissent, nous ne savons même pas qu'ils existaient ! De plus, nous nous posons la question : à quoi ils servent ? Sans utilité particulière, nous les méprisons. C'est oublier que nous avons un devoir éthique à l'égard des plus faibles, c'est-à-dire le vivant qui nous entoure.

 

 

Metz Magazine : Fervent défenseur du bien-être animal depuis votre jeunesse, votre engagement inlassable en faveur de la préservation de la biodiversité et de la protection du vivant force le respect. Quel message souhaitez-vous faire passer, notamment aux jeunes générations qui se mobilisent sur ces sujets, mais qui pourraient désespérer ?

 

Allain Bougrain Dubourg : Ramenée à 7 jours d'une semaine, l'histoire de la planète témoigne de notre lourde responsabilité. La Terre se crée le lundi à 0 heure, la vie apparaît le mercredi à midi, les dinosaures disparaissent le dimanche à 19h et la révolution industrielle a lieu 1/40e de seconde avant minuit. Durant ce court laps de temps, nous sommes devenus les maîtres de la planète. Et qu'en avons-fait ?

Actuellement, 67 % des mammifères sont composés de notre bétail, 30 % correspondent aux humains que nous sommes, il reste 3 % de mammifères sauvages, de l'écureuil à la baleine. Il est temps de redonner un souffle à la biodiversité.

Nous ne vivons pas hors sol ! Le défi est enthousiasmant car, contrairement au climat qui est affecté sur le long terme, la biodiversité peut connaître très rapidement une renaissance. Je souhaite aux jeunes de découvrir la vie sauvage comme j'ai eu la chance de le faire. Etre curieux de nature, c'est une richesse exceptionnelle qui compense bien des misères du quotidien.

 

 

Informations et actualités de la LPO sur lpo.fr
Ouvrage d'Allain Bougrain Dubourg La biodiversité pour les nuls (éditions Pour les Nuls, 2025).